Le 7 octobre 2023 a constitué un traumatisme collectif majeur en Israël. Trois ans plus tard, la littérature scientifique permet de commencer à distinguer l’impact immédiat de ses conséquences plus durables. Elle décrit une réalité complexe : il n’existe pas une réaction unique au traumatisme, ni une trajectoire identique pour tous.
Une littérature scientifique désormais importante
Une revue systématique publiée en 2026 a analysé 68 études consacrées aux conséquences psychiatriques observées après les attaques du 7 octobre et la guerre qui a suivi. Les travaux recensés décrivent notamment des symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression.
Le risque varie fortement selon les populations étudiées et le niveau d’exposition : pertes humaines, exposition directe aux violences, déplacement, difficultés socio-économiques ou persistance de la menace sont autant de facteurs susceptibles d’influencer les trajectoires.
Une forte hausse initiale, puis une récupération partielle
Une cohorte prospective de 680 adultes, particulièrement intéressante car elle disposait de données recueillies avant l’attaque, a observé un probable trouble de stress post-traumatique chez 16,1 % des participants avant le 7 octobre, 29,8 % un mois après, puis 19,7 % à 27 mois.
À l’échelle du groupe, ces résultats suggèrent donc une forte dégradation initiale suivie d’une amélioration progressive. Mais revenir vers la situation antérieure ne signifie pas que tout le monde récupère au même rythme.
Le traumatisme ne devient pas nécessairement chronique
Une autre étude, publiée dans JAMA Psychiatry et portant sur 2 028 adultes, a étudié différentes trajectoires de stress post-traumatique et de stress post-traumatique complexe. Une partie importante des personnes ne présentait pas de trouble persistant, tandis que d’autres suivaient des trajectoires chroniques, retardées ou fluctuantes.
C’est un message essentiel : être exposé à un événement traumatique ne signifie pas nécessairement développer un trouble psychiatrique chronique. En revanche, certains profils nécessitent une vigilance et un accompagnement prolongés.
Quand la souffrance psychique s’accompagne de symptômes physiques
Les trajectoires chroniques ou retardées de stress post-traumatique ont également été associées à davantage de douleurs et de symptômes somatiques. Cela rappelle qu’après un traumatisme majeur, santé psychique et santé physique ne peuvent pas toujours être envisagées séparément.
Une douleur ou un symptôme physique ne doit cependant jamais être attribué automatiquement au stress : il doit être évalué médicalement selon le contexte.
Un marqueur très concret : les prescriptions d’anxiolytiques
Une étude portant sur près de quatre millions de personnes a étudié les prescriptions de benzodiazépines après le 7 octobre. Durant la première semaine, les prescriptions ont augmenté de 219 % par rapport à la période de comparaison. Les premières prescriptions sont passées de 329 à 3 690.
Les auteurs rapportent que 92,5 % des nouvelles prescriptions provenaient des soins primaires. Ce chiffre illustre le rôle immédiat des professionnels de première ligne lorsqu’une population est confrontée à une situation traumatique massive. Il ne signifie pas pour autant que les benzodiazépines constituent le traitement de référence du psychotraumatisme.
Trois ans après, que retenir ?
Les données disponibles convergent vers trois idées. Le choc psychologique initial a été important. Beaucoup de personnes montrent une capacité de récupération au fil du temps. Mais une partie de la population conserve ou développe secondairement des symptômes importants, en particulier lorsque l’exposition au traumatisme est intense ou prolongée.
Ces études décrivent des populations et ne permettent jamais de prédire l’évolution d’une personne. Elles montrent néanmoins pourquoi le suivi à long terme, l’identification des personnes les plus vulnérables et l’accès aux soins psychologiques et médicaux restent essentiels après un traumatisme collectif.
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