Cancer du sein : cinq séances de radiothérapie peuvent-elles remplacer trois semaines de traitement ?
Réponse courte. Oui, pour certaines patientes atteintes d’un cancer du sein localisé, cinq séances réalisées en une semaine peuvent offrir un contrôle tumoral à dix ans comparable à quinze séances sur trois semaines. Le choix reste individualisé par le radiothérapeute.
Ce que l’étude a comparé
FAST-Forward est un essai randomisé de phase 3 conduit dans 97 hôpitaux britanniques. L’analyse à dix ans a porté sur 4 087 participantes opérées d’un cancer invasif du sein non métastatique, après chirurgie conservatrice ou mastectomie.
Trois schémas ont été comparés :
- 40 Gy en 15 séances sur trois semaines ;
- 27 Gy en cinq séances sur une semaine ;
- 26 Gy en cinq séances sur une semaine.
Le critère principal était la récidive dans le sein traité. La publication à dix ans est parue en mai 2026 dans The Lancet Oncology.
Ce que montrent les résultats
À dix ans, la récidive dans le sein traité est restée faible :
- 3,6 % avec 40 Gy en quinze séances ;
- 2,1 % avec 26 Gy en cinq séances.
Les effets tardifs modérés ou marqués sur le sein ou la paroi thoracique concernaient :
- 13,1 % des participantes sous 40 Gy ;
- 14,4 % sous 26 Gy ;
- 19,3 % sous 27 Gy.
Le schéma à 26 Gy confirme donc son efficacité et une tolérance tardive proche de celle du traitement sur trois semaines. En revanche, 27 Gy provoquait davantage d’effets tissulaires tardifs.
Pourquoi c’est important
Passer de quinze à cinq déplacements peut réduire :
- la fatigue logistique ;
- les transports sanitaires ;
- les difficultés professionnelles ou familiales ;
- les inégalités d’accès pour les patientes éloignées d’un centre.
Ce n’est pas une radiothérapie « plus légère » : chaque séance délivre une dose plus forte, dans le cadre d’une planification dosimétrique précise.
Les limites
- L’étude était ouverte : ni patientes ni soignants ne pouvaient ignorer le schéma reçu.
- Toutes les situations de cancer du sein n’étaient pas représentées de manière équivalente.
- Les données concernant certaines irradiations ganglionnaires sont rassurantes mais moins précises en raison du plus petit effectif.
- Une reconstruction, une anatomie complexe, l’irradiation des ganglions ou la nécessité d’un complément sur le lit tumoral peuvent modifier le choix.
- L’étude ne montre pas que toutes les patientes doivent recevoir cinq séances.
Est-ce disponible en France ?
Ce n’est pas une approche expérimentale. Une revue française de radiothérapie publiée en 2025 reconnaît la non-infériorité du schéma 26 Gy en cinq fractions pour l’irradiation du sein seul ; l’INCa a également relayé les résultats à dix ans. Son utilisation dépend cependant de l’indication, de l’organisation du centre et de la planification personnalisée.
Conséquences pratiques
Une patiente à qui une radiothérapie adjuvante est proposée peut demander :
- Suis-je éligible au schéma en cinq séances ?
- Le sein seul, la paroi ou les ganglions doivent-ils être irradiés ?
- Un complément de dose est-il nécessaire ?
- Quels sont les risques pour la peau, le sein, le poumon et le cœur dans mon cas ?
- La technique d’inspiration bloquée est-elle utile pour protéger le cœur ?
La durée la plus courte n’est pas automatiquement la meilleure : c’est la conformité du schéma à la situation individuelle qui compte.