Santé mentale
Pourquoi mon ado se scarifie-t-il ?
Validée médicalementLorsqu’un adolescent se scarifie, il cherche souvent à faire face à une souffrance psychologique qu’il ne parvient pas à exprimer autrement. Cela ne signifie pas nécessairement vouloir mourir, mais doit toujours être pris au sérieux. Les parents doivent reconnaître sa souffrance, poser une limite protectrice sans sanction et organiser une évaluation médicale et psychologique.
Voir les sources scientifiquesPour mieux comprendre
Pourquoi certains adolescents se font-ils du mal ? Les scarifications sont des blessures volontaires, parfois sans intention de mourir. Elles apparaissent fréquemment sur les bras ou le haut des cuisses, mais aussi ailleurs. Leur localisation ne permet pas de mesurer la gravité psychologique. Le geste peut diminuer momentanément une angoisse, une colère, une tension ou un sentiment de vide ; cet apaisement bref peut favoriser la répétition. Harcèlement, conflits, événements douloureux ou troubles psychiques peuvent contribuer à cette souffrance, sans cause unique.
Que peut signifier la scarification ? Une lecture psychanalytique. À l’adolescence, le corps et l’identité se transforment. Dans une lecture psychanalytique, la blessure peut parfois être comprise comme une expression corporelle d’une souffrance difficile à mettre en mots. Elle peut être associée à la honte, à l’image de soi, à un sentiment de vide ou à des tensions relationnelles. Certains cliniciens envisagent aussi une tentative de retrouver des limites ou du contrôle. La blessure peut rendre visible une détresse difficile à communiquer. Ce sont des hypothèses cliniques, non des explications prouvées pour tous : le sens du geste dépend de l’histoire et de la parole du jeune.
Est-ce une maladie psychiatrique ? Non, les scarifications ne suffisent pas à diagnostiquer une dépression ou un trouble de la personnalité. Elles peuvent toutefois accompagner une anxiété, une dépression, des expériences traumatiques ou des difficultés à réguler les émotions. Une évaluation individualisée évite les étiquettes hâtives.
Est-ce une tentative de suicide ? Pas nécessairement. Mais les automutilations sont associées à un risque suicidaire accru, y compris lorsque les premiers gestes étaient sans intention suicidaire. Il faut rechercher directement d’éventuelles idées suicidaires : poser la question n’en provoque pas.
Comment réagir comme parent ? Reconnaître la souffrance et poser une limite claire, sans menaces ni culpabilisation : se blesser ne doit pas être considéré comme une solution à la détresse. Par exemple : « Je vois que tu souffres et je prends cela au sérieux. Je ne veux pas que tu te blesses ; nous allons chercher ensemble une autre façon de t’aider. » Éviter humiliations et interrogatoires. En cas de nouvel épisode, le jeune doit pouvoir en parler sans craindre une punition.
Faut-il consulter ? Oui : une consultation médicale et une évaluation psychologique sont recommandées même en cas de blessures superficielles. Le médecin examine les plaies, évalue la souffrance et le risque suicidaire. Un psychologue clinicien, un psychiatre ou un pédopsychiatre peut accompagner le jeune ; les parents participent à la démarche dans le respect de l’intimité et de la sécurité.
Quel accompagnement peut aider ? Le travail thérapeutique vise à comprendre la souffrance, à faciliter son expression et à construire des alternatives aux blessures. Psychothérapie individuelle, accompagnement familial ou prise en charge pédopsychiatrique peuvent être proposés. Des psychothérapies structurées, dont les thérapies comportementales dialectiques adaptées aux adolescents, ont des données favorables pour les automutilations répétées. Aucune molécule ne traite spécifiquement les scarifications ; des troubles associés peuvent justifier un traitement.
Point de vigilance
Blessure profonde, saignement important, ingestion de médicaments ou suspicion d’infection : évaluation médicale urgente selon la gravité. Idées suicidaires avec intention ou projet, ou impossibilité d’assurer la sécurité : appeler le 15 ou le 112. En France, le 3114 apporte une aide 24 h/24 aux personnes et à leurs proches. En cas de danger immédiat, ne pas laisser l’adolescent seul et sécuriser médicaments et objets dangereux.
Sources scientifiques
- NICE — Self-harm, NG225 (2022)
- Rossouw et Fonagy — Mentalization-based treatment for self-harm in adolescents (2012)
- Cochrane — Interventions for self-harm in children and adolescents (2021)
- Étude qualitative — Understanding Reasons for Self-Harm in Adolescent Girls (2021)
Vérifié le 2026-10-27