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Seniors

Alzheimer : « Il veut rentrer chez lui » alors qu’il est déjà chez lui — que faire ?

Réponse courte

Cette phrase est fréquente dans les troubles neurocognitifs. Dire « mais tu es déjà chez toi » ou essayer de prouver à la personne qu’elle se trompe fonctionne souvent mal et peut augmenter son anxiété. « Je veux rentrer chez moi » peut exprimer un besoin de sécurité, la recherche d’une personne ou d’une époque familière, de la fatigue ou de l’inquiétude. Mieux vaut reconnaître l’émotion, rassurer puis rediriger doucement l’attention.

Pour mieux comprendre

La maladie d’Alzheimer altère progressivement la mémoire récente mais aussi les repères dans le temps et l’espace. Une personne peut reconnaître certains objets de son appartement et, quelques minutes plus tard, ne plus avoir la sensation d’être « chez elle ». Le mot « maison » ne désigne d’ailleurs pas nécessairement le logement actuel. Il peut évoquer la maison de l’enfance, un logement occupé des décennies auparavant ou, plus largement, une époque associée à un sentiment de sécurité.

C’est pourquoi argumenter sur la réalité — « regarde, c’est ton canapé », « cela fait vingt ans que nous habitons ici » — est rarement la meilleure stratégie. La personne ne dispose plus forcément des capacités cognitives permettant d’intégrer ce raisonnement. Elle peut au contraire avoir l’impression qu’on ne la comprend pas ou qu’on cherche à la retenir contre son gré. Il est souvent plus efficace de répondre à l’émotion plutôt qu’à l’erreur factuelle : « Tu voudrais rentrer chez toi ? », « Tu as l’air inquiet », « Je suis là avec toi ». Reconnaître l’émotion ne signifie pas confirmer une information fausse.

Une fois la personne rassurée, proposer quelque chose de familier peut aider : prendre une boisson, regarder des photographies, écouter une musique appréciée, plier du linge, marcher quelques minutes ensemble ou simplement changer de pièce. Il est également utile d’observer quand cette demande apparaît. Chez certaines personnes, elle revient en fin de journée. Fatigue, baisse de luminosité, diminution des activités et perturbation du rythme veille-sommeil peuvent favoriser agitation et désorientation. Chez d’autres, elle survient à l’heure d’une ancienne habitude : partir du travail, aller chercher les enfants ou préparer le dîner.

Tenir pendant quelques jours un relevé simple de l’heure, du contexte et de ce qui s’est passé juste avant peut faire apparaître un déclencheur. L’environnement compte également : déménagement récent, logement devenu très différent, bruit, nombreuses personnes, éclairage insuffisant ou certains reflets peuvent augmenter la désorientation.

Il ne faut cependant pas attribuer automatiquement tout changement de comportement à Alzheimer. Une aggravation brutale n’est pas l’évolution habituelle d’un trouble neurocognitif. Douleur, infection, constipation, rétention urinaire, déshydratation, manque de sommeil, médicament récemment introduit ou syndrome confusionnel peuvent modifier rapidement le comportement.

Enfin, lorsque « rentrer chez moi » conduit la personne à essayer de quitter réellement le domicile, la question devient aussi celle de la sécurité. L’objectif n’est pas de supprimer toute possibilité de déplacement : marcher reste utile. Il faut réduire le risque qu’elle sorte seule, se perde ou se mette en danger, tout en préservant autant que possible son autonomie.

Point de vigilance

Une désorientation brutalement plus importante, une somnolence, de la fièvre, une douleur, une chute ou un changement général de comportement nécessitent une évaluation médicale. Des sorties répétées avec risque de se perdre imposent de réévaluer rapidement la sécurité à domicile.

Sources