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Cœur & circulation

Dermite ocre : pourquoi la peau des jambes devient-elle brune ?

Réponse courte

La dermite ocre est une pigmentation brunâtre ou brun-rouille qui apparaît surtout autour des chevilles et dans le bas des jambes. Elle est fréquemment associée à une maladie veineuse chronique : une hypertension veineuse durable favorise le passage de globules rouges hors des petits vaisseaux et des dépôts d’hémosidérine. Mais dermite ocre ne signifie pas forcément incontinence de la grande ou de la petite saphène. L’écho-Doppler recherche le mécanisme et, si le bilan veineux n’explique pas les lésions, d’autres diagnostics doivent être envisagés.

Pour mieux comprendre

Le sang des jambes doit remonter vers le cœur contre la pesanteur. Cette remontée est facilitée par les valvules veineuses et par la contraction des muscles du mollet pendant la marche. Lorsque ce système fonctionne moins bien, une hypertension veineuse chronique peut apparaître. Elle entraîne progressivement des modifications de la microcirculation et une inflammation des tissus.

Des globules rouges peuvent passer hors des petits vaisseaux. Leur dégradation libère notamment du fer, stocké dans les tissus sous forme d’hémosidérine. La peau prend progressivement une coloration jaune-brun, brun-rouge puis parfois brun foncé. La pigmentation apparaît classiquement dans la région dite « guêtre », autour de la cheville et dans le tiers inférieur de la jambe. Dans la classification internationale CEAP de la maladie veineuse chronique, pigmentation et eczéma correspondent au stade C4a.

Une cause fréquente de maladie veineuse chronique est un reflux du réseau superficiel, notamment de la grande ou de la petite veine saphène. L’écho-Doppler permet de rechercher ce reflux et d’en réaliser la cartographie. Mais l’absence de reflux saphénien significatif n’élimine pas à elle seule une origine veineuse. Chez un patient présentant des troubles trophiques, l’exploration ne doit donc pas se limiter aux saphènes. Le réseau veineux profond est également étudié, notamment pour rechercher un reflux, une obstruction ou des séquelles post-thrombotiques. Selon la topographie et le contexte, certaines veines perforantes peuvent participer à l’hypertension veineuse locale. Lorsque des éléments cliniques et Doppler le suggèrent, une obstruction veineuse plus proximale, notamment iliaque, peut aussi être discutée.

Un antécédent de thrombose veineuse profonde peut laisser des séquelles responsables d’un syndrome post-thrombotique. Hyperpigmentation, œdème, induration cutanée et, dans les formes sévères, ulcération peuvent en faire partie. Une composante lymphatique peut également coexister chez certains patients présentant un œdème chronique.

La pigmentation déjà constituée peut persister longtemps. L’état de la peau observé aujourd’hui constitue en partie la mémoire de phénomènes microcirculatoires antérieurs : l’aspect cutané et l’écho-Doppler réalisé à un moment donné ne sont donc pas nécessairement parfaitement parallèles.

Si l’écho-Doppler veineux est réellement normal et n’apporte pas d’explication convaincante, il faut éviter de transformer « dermite ocre » en diagnostic automatique d’insuffisance veineuse. Toutes les pigmentations brunes des jambes ne sont pas veineuses. Selon l’aspect et le contexte, le diagnostic différentiel peut notamment comporter des dermatoses purpuriques pigmentées, une pigmentation post-inflammatoire, d’autres dermatoses ou certaines pigmentations médicamenteuses. Un avis dermatologique peut alors être pertinent.

Le traitement vise surtout la cause lorsqu’une hypertension veineuse est démontrée et la prévention de l’aggravation, plutôt que la couleur elle-même. Marche et activité du mollet sont utiles. Une compression médicale peut être indiquée selon la situation, après prise en compte notamment de l’état artériel. Lorsqu’un reflux superficiel significatif est identifié, un traitement spécifique peut être discuté sur la base du bilan écho-Doppler. En revanche, en l’absence d’incontinence saphénienne, il n’y a pas lieu de traiter une saphène continente uniquement parce qu’une pigmentation est présente. Même après correction du mécanisme veineux, une pigmentation installée peut ne régresser que partiellement ou persister.

Point de vigilance

Une plaie autour de la cheville, un suintement ou une lésion qui ne cicatrise pas nécessitent une consultation. Une augmentation brutale et unilatérale du volume de la jambe avec douleur ou chaleur ne doit pas être attribuée à la dermite ocre. Une douleur du pied au repos, un pied froid ou des signes faisant suspecter une atteinte artérielle nécessitent une évaluation avant compression.

Sources