Santé au quotidien
Médicaments et compléments alimentaires : peut-on les prendre ensemble ?
Pas toujours. Un complément alimentaire peut modifier l’action d’un médicament : diminuer son efficacité, augmenter ses effets ou favoriser certains effets indésirables. Le fait qu’un produit soit vendu sans ordonnance ou présenté comme « naturel » ne signifie donc pas qu’il soit sans interaction. Lorsqu’un traitement est en cours, il est utile de signaler au médecin ou au pharmacien tous les compléments, vitamines, minéraux et produits à base de plantes utilisés.
Pour mieux comprendre
Un complément alimentaire n’est pas un médicament, mais les substances qu’il contient peuvent avoir des effets biologiques réels. Une interaction peut notamment se produire lorsqu’une substance modifie l’absorption, le métabolisme ou l’élimination d’un médicament. Elle peut aussi agir dans le même sens que le médicament et en renforcer certains effets. Ces interactions peuvent donc conduire aussi bien à une perte d’efficacité qu’à une augmentation du risque d’effets indésirables. Les interactions entre plantes et médicaments sont documentées dans la littérature, même si leur niveau de preuve varie selon les produits.
Le millepertuis est l’un des exemples les mieux documentés : il peut accélérer l’élimination de certains médicaments et diminuer leur efficacité, avec des interactions décrites notamment avec certains anticoagulants, contraceptifs oraux, traitements du VIH et antidépresseurs.
La mélatonine est disponible sous forme de complément alimentaire, mais cela ne signifie pas qu’elle soit anodine. L’Anses recommande notamment aux personnes suivant un traitement médicamenteux de solliciter un avis médical en raison des risques d’interactions et d’effets indésirables.
La levure de riz rouge contient de la monacoline K, qui possède les caractéristiques pharmacologiques d’une statine. L’Anses a rapporté des atteintes musculaires et hépatiques et recommande de demander conseil à un professionnel de santé avant son utilisation.
Le risque peut être sous-estimé parce qu’un complément acheté sans ordonnance n’est pas toujours spontanément considéré comme faisant partie des traitements. Une revue systématique portant sur 44 études et 16 929 participants montre que l’utilisation simultanée de plantes ou compléments et de médicaments prescrits est fréquente, tandis que la connaissance des interactions possibles reste limitée. Une étude publiée dans JAMA le 24 septembre 2026 souligne également l’importance de considérer ensemble médicaments prescrits, médicaments sans ordonnance et compléments alimentaires dans l’étude de la polymédication chez les personnes âgées ; cette étude est américaine et ses chiffres ne doivent pas être directement transposés à la France.
À savoir
Si un effet inhabituel apparaît après l’introduction d’un complément alimentaire, pensez à signaler également ce complément au professionnel de santé. La France dispose d’un système de nutrivigilance piloté par l’Anses pour détecter les effets indésirables associés notamment aux compléments alimentaires. Une vigilance particulière est justifiée lorsque plusieurs médicaments sont associés ou lorsqu’une variation de l’effet du traitement peut avoir des conséquences importantes.
Sources
- Interactions entre aliments, boissons, compléments et médicaments
- Compléments alimentaires à base de levure de riz rouge
- Mélatonine : recommandations pour certaines populations
- Revue systématique — utilisation concomitante plantes/compléments et médicaments prescrits
- Polypharmacy including prescription, OTC medications and dietary supplements in older adults