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Santé au quotidien

Manger trop « sain » peut-il devenir mauvais pour la santé ?

Réponse courte

Vouloir bien manger est une bonne chose. Le problème n’est pas de choisir des aliments de qualité, mais lorsque les règles alimentaires deviennent de plus en plus strictes, anxiogènes et difficiles à assouplir. Certaines personnes finissent par éliminer de nombreux aliments jugés « mauvais », « impurs », « transformés » ou « toxiques », passent beaucoup de temps à contrôler leur alimentation et peuvent ressentir une forte culpabilité lorsqu’elles ne respectent pas leurs propres règles. On parle parfois d’orthorexie pour décrire ce type de comportement. Ce terme est utilisé dans la littérature scientifique, mais il ne correspond pas aujourd’hui à un diagnostic médical officiellement standardisé.

Pour mieux comprendre

Manger équilibré ne signifie pas manger « parfaitement ». Les recommandations nutritionnelles reposent surtout sur une alimentation variée, avec davantage de fruits et légumes, légumes secs, céréales complètes ou peu raffinées, poissons et fruits à coque, tout en limitant certains produits très sucrés, salés ou ultra-transformés. Elles ne demandent pas de contrôler chaque aliment ni d’atteindre une alimentation totalement « pure ».

Chez certaines personnes, la recherche d’une alimentation toujours plus saine peut cependant devenir très rigide. La liste des aliments autorisés diminue progressivement. Beaucoup de temps peut être consacré à lire les étiquettes, rechercher l’origine des produits, planifier les repas ou éviter les situations dans lesquelles la nourriture ne peut pas être contrôlée.

Le terme orthorexie est utilisé pour décrire une préoccupation excessive autour de la qualité ou de la « pureté » des aliments. Les travaux scientifiques décrivent notamment des règles alimentaires très strictes, une anxiété ou une culpabilité en cas d’écart et un retentissement possible sur la vie sociale ou quotidienne. La différence avec une alimentation simplement attentive à la santé tient donc surtout à la souplesse et aux conséquences.

Faire attention à ce que l’on mange tout en pouvant partager un repas, modifier ses habitudes ponctuellement et manger sans peur particulière reste très différent d’une alimentation gouvernée par des interdits de plus en plus nombreux. Une restriction importante peut parfois entraîner une alimentation déséquilibrée, une perte de poids ou des carences. Le retentissement peut aussi être psychologique ou social : peur de certains aliments, culpabilité, difficultés à manger avec d’autres personnes ou place excessive occupée par l’alimentation dans la journée.

Il faut cependant rester prudent avec ce terme : l’orthorexie n’est actuellement pas reconnue comme un diagnostic indépendant dans les grandes classifications internationales, et les critères ainsi que les questionnaires utilisés dans les études ne sont pas encore suffisamment standardisés.

Point de vigilance

Un avis peut être utile lorsque les règles alimentaires deviennent progressivement plus nombreuses ou plus difficiles à transgresser, lorsque manger provoque beaucoup d’anxiété ou de culpabilité, lorsque certains groupes d’aliments sont supprimés sans raison médicale, ou lorsque l’alimentation commence à perturber les repas en famille, les sorties ou la vie quotidienne. Une perte de poids involontaire, une fatigue importante, des malaises ou des signes évoquant une dénutrition nécessitent également une évaluation médicale. L’objectif n’est pas de poser soi-même une étiquette d’« orthorexie », mais de repérer lorsqu’une recherche légitime d’alimentation saine devient restrictive, envahissante ou source de souffrance.

Sources