Enfants & parents
Téléphone, myopie et sommeil : que sait-on vraiment chez l’enfant ?
Passer beaucoup de temps sur un smartphone ou d’autres écrans est associé chez l’enfant à davantage de myopie et à un sommeil plus tardif ou plus court. Mais l’écran n’est probablement pas le seul responsable. Pour la myopie, plusieurs facteurs semblent intervenir ensemble : temps passé à regarder de près, écrans, lecture et devoirs prolongés, mais aussi manque de temps passé dehors. Pour le sommeil, le moment d’utilisation compte particulièrement : utiliser son téléphone le soir, au lit ou après l’heure du coucher peut retarder l’endormissement. Les réflexes les plus utiles sont d’éviter les longues périodes continues de vision de près, de favoriser les activités extérieures et d’éloigner les écrans du coucher et de la chambre.
Pour mieux comprendre
La myopie correspond à un œil devenu trop long : l’image se forme en avant de la rétine et la vision de loin devient floue. Sa fréquence augmente dans de nombreux pays et les habitudes de vie des enfants font partie des facteurs étudiés.
Une importante revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 a regroupé 45 études et 335 524 participants, âgés en moyenne d’environ 9 ans. Chaque heure quotidienne supplémentaire passée devant un écran numérique était associée à une augmentation d’environ 21 % des odds de myopie. L’association augmentait particulièrement entre une et quatre heures quotidiennes d’écran.
Cela ne signifie cependant pas qu’une heure de smartphone provoque directement une myopie. La plupart des études sont observationnelles. Un enfant qui utilise beaucoup les écrans peut également passer davantage de temps à lire ou travailler de près et moins de temps dehors.
Une revue systématique européenne publiée en 2026 arrive justement à une conclusion prudente : écrans, travail prolongé de près et moindre exposition extérieure sont associés à la myopie, mais la qualité des preuves permettant d’isoler précisément le rôle des écrans reste faible à très faible. Une autre méta-analyse récente portant spécifiquement sur le travail de près retrouve également une association avec la myopie chez l’enfant.
Le temps passé dehors est donc un message important. Les enfants passant davantage de temps à l’extérieur présentent globalement moins de risque de développer une myopie. Des essais randomisés récents renforcent l’intérêt d’augmenter les activités extérieures chez les enfants et adolescents. L’objectif n’est donc pas simplement de remplacer le téléphone par un livre pendant plusieurs heures : alterner les activités de près et passer régulièrement du temps dehors compte également.
Pour le sommeil, l’association avec les écrans est également bien documentée mais mérite d’être nuancée. Une méta-analyse de 21 études de cohorte totalisant plus de 548 000 participants retrouve davantage de sommeil court et un coucher plus tardif lorsque le temps d’écran augmente. Chaque heure supplémentaire était associée en moyenne à quelques minutes de sommeil en moins et à un coucher plus tardif.
Une méta-analyse 2026 comparant un même jeune les jours où il utilise plus ou moins les écrans montre toutefois un effet beaucoup plus modeste : davantage d’écran est surtout associé à un endormissement plus tardif, sans détérioration systématique de tous les paramètres du sommeil. L’utilisation après l’heure du coucher semble particulièrement problématique.
Autrement dit, le problème n’est probablement pas uniquement la lumière bleue. Le téléphone peut aussi repousser l’heure du coucher, maintenir l’enfant éveillé par les messages, vidéos ou jeux et rester accessible pendant la nuit.
Il n’est donc pas nécessaire de présenter chaque minute d’écran comme dangereuse. L’âge de l’enfant, le contenu regardé, la durée, le moment de la journée et ce que l’écran remplace — sommeil, activité physique, sorties ou interactions — comptent aussi.
Point de vigilance
Un contrôle visuel est indiqué si l’enfant voit moins bien de loin, se rapproche anormalement des objets ou écrans, plisse fréquemment les yeux, se plaint régulièrement de difficultés visuelles ou si une myopie connue semble évoluer. Des difficultés d’endormissement persistantes, des réveils fréquents, une somnolence importante dans la journée ou un retentissement scolaire méritent également d’être évalués. L’écran peut contribuer au problème, mais il ne faut pas automatiquement lui attribuer tous les symptômes.
Sources
- Digital Screen Time and Myopia: A Systematic Review and Dose-Response Meta-Analysis
- Screen Time and Myopia-Related Outcomes in European Children: A Systematic Review
- Within-Person Association Between Daily Screen Use and Sleep in Youth: A Systematic Review and Meta-Analysis
- Assurance Maladie — usage des écrans chez l’enfant et l’adolescent